![]() |
13 août 2004
| Bain de bagne à Trois-Rivières | ||||
| Go Média | ||||
Quand il est arrivé au « trou », le cachot d'isolement de la prison, le vieux monsieur a demandé une lampe de poche au guide. Après s'être penché et avoir scruté les interstices du mur, il en a retiré un petit bout de papier. « Bon bien moi, c'est ici que finit ma visite », a-t-il alors dit en quittant. Plus tard, on apprit que l'homme avait déjà séjourné au trou. Sachant qu'un comparse prendrait ensuite sa place, il lui avait laissé un message; mais l'ami ne vint jamais, puisqu'on le transféra dans une autre prison. Et le message, une quarantaine d'années plus tard, était encore là... Il y a de tout, parmi les visiteurs qui arpentent les sombres couloirs de la Vieille prison de Trois-Rivières. Des jeunes, des adultes, des étrangers, des curieux... et parfois même d'anciens prisonniers qui reviennent non pas sur les lieux du crime, mais sur ceux où ils les ont expiés. Car depuis le mois d'août 2002, ce qui fut longtemps le plus ancien établissement carcéral en exploitation au pays est devenu un drôle de musée, celui du bagne. Chaque jour, des guides racontent ainsi à ceux « du dehors » comment se passait la vie «en dedans». Et ils savent fort bien de quoi ils parlent : ce sont tous d'ex-détenus réhabilités.
En plus de servir une noble cause sociale, la visite de la Vieille prison de Trois-Rivières entraîne même chez certains visiteurs des effets préventifs imprévus. Ébranlés par ce qu'ils y voient et y apprennent, plusieurs se disent complètement dissuadés d'enfreindre la loi! Il faut dire qu'à l'époque où elle était encore opérationnelle, la Vieille prison de Trois-Rivières n'était pas spécialement réputée pour son confort. Inaugurée en 1822 et classée aujourd'hui monument historique, elle a dû fermer ses portes, en 1986, pour cause d'insalubrité.
Après à peine huit mois d'exploitation, 10 000 visiteurs avaient déjà goûté à l'expérience. «Nous avons atteint notre objectif pour la première année», se réjouit Claire Plourde. Et, pour battre le fer pendant qu'il est chaud, on compte bientôt offrir la possibilité de passer une nuit complète en prison. «Rien à voir avec ce qui est offert à l'Auberge de jeunesse d'Ottawa, une ancienne prison convertie en auberge. On proposera plutôt de vivre une véritable expérience carcérale. Les hôtes passeront la nuit au cachot dans un vrai lit de bagnard et, au matin, on leur servira l'authentique petit déjeuner du prisonnier, avec gruau et toasts froids», explique Claire Plourde. Un vieux chausson troué avec ça? |