31 mars 2004

Mes six mois de « work experience »
en Australie (suite et fin)
Récit de voyage - par Julie Turconi
Les aborigènes ont la plus vieille histoire vivante au monde (leurs origines remontent à
50 000, peut-être 70 000 ans) mais aujourd’hui leur culture se meurt. Car les Blancs ont tout changé. En débarquant en 1770, ils ont décrété le continent « terra nullius », n’appartenant à personne (!) et ont dépossédé les aborigènes de leurs terres. Massacres, viols, enfants arrachés à leurs familles… ce n’est malheureusement pas la première fois dans l’Histoire.


Il a fallu attendre 1967 pour que les aborigènes soient reconnus citoyens du pays (ce qui n’a pas toujours été une chose positive dans la réalité, cette citoyenneté leur ayant ouvert l’accès à des allocations gouvernementales qui « tombaient du ciel » sans rien faire pour ça, ainsi que le droit d’aller dans les pubs légalement par exemple). Certaines terres ont commencé à leur être rendues à partir de 1976, mais il a fallu attendre 1992 pour qu’ils soient reconnus propriétaires de leurs terres avant l’annexion ! Bref, les aborigènes ont pris de plein fouet 50 000 ans d’évolution et on leur demande de s’adapter, sans prendre en compte le fait que leur façon de voir le monde est très différente de la notre… Il y a une incompréhension flagrante entre ces deux mondes, un fossé qui ressemble à un gouffre ! Pourtant on aurait beaucoup à apprendre d’eux…

Le Bodeidei Camp permet aux gens de vivre une expérience unique en Australie : rencontrer les aborigènes, partager des moments avec eux, parler avec George (sa première rencontre avec les Blancs vers 1950, son travail en échange de farine, tabac ou sucre dans les cattle stations, l’alcool… puis le retour sur la terre de ses ancêtres pour y vivre de manière traditionnelle, dans la mesure du possible), partager un peu de ses croyances… ce n’est plus vraiment du tourisme !! Mais une découverte d’un autre monde. François est un type passionné (et passionnant), qui ne se lasse pas de parler du bush et de ses amis aborigènes, des problèmes qu’ils rencontrent de nos jours, de l’inefficacité des initiatives du gouvernement… Il est urgent de se rendre compte que leur culture millénaire se meurt, que les enfants sont coupés de leurs racines sans être non plus intégrés dans notre monde moderne, que l’alcool, le diabète et le cholestérol les tuent à petit feu…

Mais c’était aussi l’occasion pour les touristes de découvrir une région très particulière, d’admirer une nature intacte et splendide : l’escarpement de Cotpela dominant le bush, les gorges de Kliklimara (notre « piscine » privée)… un séjour court (4 jours/3nuits), mais inoubliable…

Et quand on voit les enfants, si plein de vie, intelligents et malicieux, et leur connaissance du bush impressionnante pour nous autres Blancs, on a envie d’y croire. Croire qu’ils auront un avenir… En tout cas, j’admire François de se battre pour eux, année après année, à sa manière.

Être là-bas et partager ces moments avec George et Maguy, June et Philip, les enfants Junior/Wamut, Kelly/Kojok, Serena, Terena, Balamina et les autres était un privilège et une grande joie… J’ai passé des moments fabuleux, avec les gamins, en tour, au camp, et d’autres moins je dois l’avouer (fatigue, boulot parfois répétitif et pas très drôle), mais dans l’ensemble cette expérience m’a apporté beaucoup. Je suis amoureuse du bush, de ses paysages uniques, ses couleurs magiques, les grands espaces… je me suis attachée aux enfants aborigènes, j’ai rencontré des gens à part qui s’impliquent à leur façon, bref, je n’étais plus tout à fait la même en rentrant chez moi. Plus riche de sensations et d’émotions fortes…

Le retour à la « civilisation » après des mois dans le bush a été un peu difficile. Oublier les grands espaces et le calme du bush noyé de poussière et de soleil, pour se replonger dans la vie trépidante de la ville (en l’occurrence Montréal)… dur!

Mais je ne regrette rien, et si je le peux, je repartirai là-bas à la première occasion.