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26 avril 2004
Quand les usines
reçoivent des touristes |
| - Par Sophie PONS (AFP) |
| Le petit groupe, attentif,
observe les ouvriers s'affairer dans un bruit assourdissant sur la chaîne
d'embouteillage de l'usine Ricard, perchée sur une colline de Lormont,
dans la banlieue bordelaise. "Et ça, ça sert à quoi?", questionne Annie, infirmière à la retraite qui visite régulièrement des entreprises "par curiosité", parce que "c'est intéressant de savoir comment se fabriquent les aliments qui arrivent dans nos assiettes". Annie n'est pas la seule: en 2001, les entreprises, musées et sites industriels ont attiré plus de 14,7 millions de visiteurs en France, selon les chiffres de l'Assemblée des chambres françaises de commerce. Face à cette vogue, le centre Cap Sciences organise depuis peu des circuits gratuits pour les Bordelais, en complément de ses expositions et animations consacrées à l'industrie et à la science. Des huiles Lesieur aux pâtés Lou Gascoun, en passant par l'Atelier industriel de l'aéronautique (AIA) ou par le centre de régulation de la circulation routière Gertrude, il suffit de s'inscrire. "Il y en a pour tous les publics et pour tous les goûts", souligne Marianne Pouget, de Cap Sciences. Habituellement, l'usine Ricard organise des visites guidées pour les écoliers, les étudiants ou les associations, "mais très rarement pour les particuliers, sauf demande spéciale", comme le reconnaît le responsable local des relations avec le public. Et c'est justement parce que peu d'usines, dans la région bordelaise, ouvrent leurs portes au grand public que la direction de Cap Sciences a décidé de se lancer. "Ne pas mourir idiote" Les visites attirent beaucoup de retraités, des enseignants mais aussi des curieux de tout horizon et tout âge, séduits au coup par coup par un thème précis: le mois dernier, l'atelier de réparation de moteurs d'avions a ainsi vu une affluence d'anciens militaires. Cette semaine, les mystères du pastis ont intéressé deux retraités, deux amies secrétaires de l'Université de Bordeaux et deux commerciaux de La Poste, déterminés à mieux cerner les activités d'un de leurs plus gros clients. "Regarde, ils collent même les bandes anti-vols sur les bouteilles", s'exclame un des visiteurs penchés sur la rambarde de la coursive qui surplombe la chaîne d'embouteillage. Horaires de travail, conditions d'hygiène, provenance de la badiane qui donne au pastis son goût anisé, rythme de production, zone de distribution.... le guide, salarié du groupe, répond patiemment à toutes les questions. On apprend au passage que l'eau utilisée pour obtenir le mélange anisé provient du robinet, qu'une chaîne d'embouteillage traite 80.000 bouteilles à l'heure et que l'unité de Lormont a été construite en 1969 pour mieux desservir l'Espagne et le Portugal. André, retraité du Port de Bordeaux et fidèle de Cap Sciences, se dit "très curieux de toutes les applications industrielles" qu'il a, autrefois, côtoyées dans ses activités professionnelles. Il est là "pour s'ouvrir l'esprit". "Les usines, cela fait partie de notre patrimoine", affirme Annie qui "profite de sa retraite pour faire tout ce qu'elle ne pouvait pas quand elle travaillait". Son but en visitant des sites industriels: "Ne pas mourir idiote". |