19 avril 2004

Martinique plus
- par Hélène Clément
La Martinique comme lieu touristique n’a pas la cote ces jours-ci. Pour plusieurs raisons : peu de transporteurs, cours de l’euro élevé, peu ou pas de forfaits compétitifs comme l’offrent d’autres destinations soleil et des infrastructures qui gagneraient à être modernisées pour répondre aux critères de certains visiteurs.

Couché de soleil à Saint-Pierre, côté caraïbe dans le nord de la Martinique
Pourtant, en dépit de toutes ces réserves, une fois que l’on y est allé, on est rarement déçu et l’on veut y retourner. Pourquoi ? « L’Île aux fleurs » n’est pas uniquement une destination soleil, c’est beaucoup plus! C’est une « chiure de pigeon » sur le globe, m’a dit un jour un anthropologue martiniquais, mais avec une histoire riche en événements et en rebondissements, une cinquantaine de musées et sites, des marchés en plein air colorés et aux saveurs exotiques, une nature exubérante, des panoramas à couper le souffle, des plages sauvages qui ont conservé leur aspect naturel et dont plusieurs demeurent peu fréquentées.



bord de mer dans le village de Sainte-Anne à l,exreémité sud de l'île
Au-delà du village du Prêcheur dans le Nord Caraïbe, au bout de la D10, la plage de l’Anse Céron présente un intérêt particulier : sable volcanique, magnifiques cocotiers, belles vagues et site exceptionnel pour les amateurs de plongée. Encore plus au nord, une route en lacets de trois kilomètres qui monte et descend en s’enfonçant dans la forêt tropicale conduit à l’anse Couleuvre. Terminus pour les voitures! Cette jolie plage de sable noir, à l’ombre du volcan, est le départ d’un des plus beaux sentiers de randonnée des Antilles : Prêcheur-Grand-Rivière. Une marche de dix-sept kilomètres en forêt tropicale, le long de la mer des Caraïbes, où le randonneur peut accéder, par des sentiers secondaires, à de jolies criques sauvages entaillées à flanc de montagne. Au bout, face è la Dominique, le charmant village de pêcheurs de Grand-Rivière, le plus authentique. Les gens semblent y vivent hors du temps.

Le village de Grand-Rivière à
l'extrémité nord de lîle
La Martinique c’est aussi une trentaine de sentiers de randonnée pédestre, bien balisés, qui sillonnent montagnes et forêt tropicale, gravissent les caps et longent le littoral, de l’équitation sur des kilomètres, du kayak de mer dans la mangrove, autour d’îlets habités par de jolies iguanes ou le long de la côte, du surf, de la planche à voile, de la plongée. Tout cela à la condition de sortir des sentiers battus, de louer une auto et de se balader en toute liberté (très sécuritaire, soit dit en passant), aussi bien dans le nord que dans le sud : la diversité des paysages, pour un petit pays de 70 km de long sur 35 km de large, étonne.


Tours Mont-Royal et l’agence de voyages Fleurs de Lys ont déjà découvert ce potentiel en commercialisant dans le premier cas un « circuit en liberté » (quatre jours dans le nord et trois jours dans le sud) et dans le second, un séjour d’une semaine de trekking où le randonneur découvre à pied l’histoire de ce coin de terre, situé dans les Petites Antilles françaises, qui a connu l’esclavagisme, vu naître Joséphine et accueilli Gauguin.

petite virée en kayak aux îlets du Robert,
côté atlantique
En Martinique, on trouve facilement un bon restaurant, un endroit sympathique à visiter, quelqu’un pour nous aider, un sourire! On y parle le français, l’eau est potable, aucun vaccin n’est nécessaire (ce qui diminue les frais de voyage). L’Île est dotée d’un excellent réseau d’hôpitaux reconnus à travers les Antilles, des cliniques accessibles, des pharmacies où l’on prend le temps de répondre à vos questions. On s’y sent chez soi partout, sans compter que les Martiniquais ont une façon de recevoir qui ressemble à la nôtre. Ils sont accueillants !

Ceci n’est pas un plaidoyer favorable, mais ça correspond à la réalité. Des Canadiens rencontrés au hasard de nos déplacements là-bas nous ont tous affirmés qu’il n’y avait rien à reprocher à cette destination, si ce n’est la difficulté de s’y rendre et le coût élevé du billet d’avion. La Martinique se gagne. Et tout est possible si l’on y respecte le rythme local.

Les incontournables

Plage de l'anse Couleuvre, côté caraïbe
au nord de la Martinique

Au nord, il y a l’ascension de la montagne Pelée (point culminant de la Martinique à 1395 m), surnommée la Capricieuse à cause de la brume qui nous empêche parfois de jouir pleinement des magnifiques points de vue qu’elle offre. Battus par les vents, les flancs de la Pelée sont bordés d’arbres tourmentés et rabougris. Palmistes et fougères arborescentes cèdent vite la place à une prairie d’altitude composée de violettes, d’aralies, de fuschias et d’ananas montagne. La première partie de l’ascension, celle qui conduit au cratère, est accessible à tout marcheur, mais la seconde, nettement plus sportive, comporte des passages raides et glissants par temps de pluie. Une bonne condition physique y est de mise.

Au nombre des activités à ne pas manquer, il y a la découverte des principales productions agricoles de l’Île: le rhum, la canne à sucre, l’ananas, la banane et les fleurs. On peut par exemple se rendre à Saint-Pierre, à la rhumerie Depaz, qui offre une visite gratuite de son musée, de ses installations et enfin une dégustation ainsi que la possibilité d’acheter du rhum agricole. En continuant vers Morne-Rouge et Ajoupa-Bouillon, la visite du jardin botanique Les Ombrages permet de découvrir l’écosystème de la forêt tropicale. Passionnant ! Plus loin à Sainte-Marie, côté atlantique, le Musée de la banane présente l’histoire, la physiologie, la culture et le transport de ce fruit de consommation courante.

La montagne Pelée (volcan)
Plein sud, il y a bien sûr ces plages de sable blanc qui ont fait la renommée de la Martinique et que l’on peut explorer grâce à un sentier pédestre long de 28 kilomètres; la Trace des Caps est également accessible à cheval. À tous ces incontournables s’ajoutent la visite de Fort-de-France, la capitale, de Saint-Pierre à bord du train Cyparis Express pour une tournée historique de la cité, détruite en 1902 par l’éruption de la montagne Pelée, les haltes dans les bons restaurants, le ti-punch et, pour les amateurs de danse, les soirées de zouk.

Enfin, si vous vous donner la peine de côtoyer les gens, d’aller à leur rencontre, vous aurez la chance de découvrir beaucoup plus car les Martiniquais sont fiers de leur pays et heureux de vous en faire découvrir les secrets. Vous n’aurez qu’une envie… y retourner !