14 septembre 2004

Taxco - Sur les traces du Mexique colonial
Lise Giguère
Quand on pense Mexique, on imagine aussitôt des plages de sable blond et de l’eau turquoise, mais le Mexique c’est aussi d’extraordinaires petites villes coloniales, comme Taxco.
Descendue la veille au soir à la Posada de la Mission, une majestueuse construction qui, m’a-t-on juré, offre une vue panoramique sur la ville, je m’éveille sans attente particulière et me tourne paresseusement vers l’immense fenêtre laissée entrouverte. La carte postale qui s’offre alors à mes yeux me coupe le souffle.

Adossées à flanc de montagne, des centaines de petites maisons blanches au toit orangé, caressées par les rayons du soleil levant, s’accrochent l’une à l’autre comme des raisins à une grappe. C’est fantastique ! Aucune plage, pas de mer turquoise, mais quelle splendeur ! Située sur la route du Colorado (entre Mexico et Acapulco), celle qu’empruntaient les chercheurs d’or, Taxco est sans contredit l’une des cités les plus pittoresques qui soit.

Fondée au 16e siècle en escarpement dans une montagne, avec ses maisons aux toits de tuile et ses petites rues pavées et escarpées, ses impressionnants monuments, ses 17 églises et ses 19 ermitages (de plus petites églises dans les montagnes), Taxco est le parfait exemple d’architecture coloniale, enclavée dans le mont Attach.

C’est aussi une ville dont les orfèvres sont mondialement reconnus. Daniel Espinosa, qui y vit toujours, est considéré comme le meilleur designer de bijoux en argent à travers le monde. Il possède des boutiques à Beverley Hills, Londres, New York, Milan et Espagne. Parmi ses clients réguliers se trouvent plusieurs célébrités dont Madonna.

Le précieux métal représente 80 % de son activité économique et semble avoir marqué toute son histoire.

Les mines d’argent
En 1521 durant la conquête de Mexico, Cortez aurait entendu parlé de ce métal utilisé dans cette région et aurait envoyé plusieurs explorateurs pour investiguer. Après avoir découvert un riche gisement qu’ils auraient baptisé «la cave du roi», ils auraient conquis l’endroit pour en faire l’une des plus importantes mines du centre de la nouvelle Espagne. Puis vint l’indépendance et Taxco apprit à vivre de l’exploitation de ses mines d’argent qui, petit à petit, furent abandonnées.

Il fallut attendre 1931 et l’arrivée de William (Guillermo) Spratline, un Américain qui remarqua immédiatement le talent des artisans dont le savoir-faire se transmet de génération en génération. En 1937, il organisa une première foire de l’argent qui, depuis, se répète chaque année, en novembre, et accueille des artisans du monde entier dans une ambiance de festivals avec des chants, de la danse, des feux d’artifice et de rabais à faire saliver !

Des visites originales
Taxco garde un visage énigmatique où le passé semble surgir au coin de chaque rue.
On peut la visiter à pied ou utiliser la carretas (carriole tirée par des chevaux) pour visiter les mines d’argent ou quelques Haciendas (résidences).

Mais on peut également partir à l’aventure dans une randonnée à cheval de six heures vers les magnifiques chutes Salto de la Granadas, l’une des plus spectaculaires chutes dans l’État de Guerrero ou encore marcher 7 km à travers les arbres jusqu’aux cascades Cacaloténango waterfall.

Ou, on peut simplement flâner dans les rues gorgées de bougainvillées et admirer tous ces monuments si riches d’histoire comme la cathédrale San Caprisca et San Sebastian, construite en 1751-1758 et entièrement financée par Joseph de la Borda, un Français devenu riche après avoir découvert des mines d’argent.

Cet homme avait épousé une Espagnole née à Taxco et ils avaient deux enfants, une fille et un fils. Quand sa fille devint nonne et que son fils décida de devenir Franciscains, il eut peur de les voir partir au loin. Il proposa donc de payer la construction de cette immense église de style baroque mexicain toute en bois, en pierre rose, en fer forgé avec des retables en or 24 carats, à la condition que son fils y soit prêtre durant toute sa vie.

Taxco est une petite ville où il est bon d’y passer quelques jours. C’est un endroit tranquille et romantique, où il fait toujours beau (il ne pleut que la nuit assure-t-on). Les couchers de soleil y sont magnifiques de la terrasse de la Posada de la Mision, un très bel hôtel qui ressemble qu’on croirait installé dans un ancien couvent.

Puis, plus tard, quand la nuit couvre la ville de son manteau sombre, les habitants allument de petites lampes aux portes des maisons. On dirait des milliers de mouches à feu.

Est-ce réel ? Est-ce une illusion ? Aurais-je bu trop de Sangria ?