01 octobre 2004

Un musée de l'Aéropostale à Tarfaya, une aubaine pour le tourisme marocain
AFP
Le musée Antoine de Saint-Exupéry, inauguré avec faste dans la ville de Tarfaya, à Cap Juby, légendaire escale de l'Aéropostale dans les années 1920-1930, représente pour les autorités marocaines une véritable aubaine touristique. Le gouvernement souhaite en effet « exploiter cet événement culturel afin de promouvoir le tourisme » saharien au sud d'Agadir et intégrer Tarfaya dans les brochures des tour opérateurs pour des circuits reliant Tiznit, Tan-Tan et Tarfaya.

Premier d'une série de 4 musées inaugurés du 28 septembre au 5 octobre sur le tracé de la « Ligne », entre Toulouse et Saint-Louis du Sénégal, l'établissement de Tarfaya est hébergé provisoirement dans la bibliothèque municipale, avant une construction définitive sur la corniche. Ancrée sur une côte balayée par les vents, entre l’océan Atlantique et le Sahara, Tarfaya revendique quelque 5.000 habitants, et pas un hôtel. Dans les rues, quelques commerces traditionnels, et partout un sable jaune et fin qui s'insinue jusque sous les portes des maisons. « Tarfaya est une ville enclavée, située dans un couloir de vent, qui fait face à de grands problèmes d'ensablement et dont la population décline », témoigne le wali, ou gouverneur, de la région de Laayoune, Mohammed Rharrabi.

Pour faire revivre Tarfaya, les autorités marocaines ont donc décidé, il y a 2 ans, d'« un plan de requalification », avec pour première priorité: réhabiliter la mémoire de l'Aéropostale. Alors situé en territoire espagnol, à 5 heures de vol au sud d'Agadir, l'aéroplace de Cap Juby était une étape indispensable pour les avions de l'Aéropostale qui venaient s'y ravitailler en carburant.

Marche verte
Au pied de l'ancien fort espagnol, aux couleurs délavées par le sable et le temps, il n'y a aujourd'hui plus aucune trace des baraquements où vécurent de 1923 à 1934 pilotes et mécaniciens de l'Aéropostale, notamment Saint-Exupéry, chef d'escale à Cap Juby durant 18 mois entre 1927 et 1929. Seule la piste subsiste et revit, une seule fois par an, en septembre, pour accueillir le rallye aérien Toulouse/Saint-Louis du Sénégal.

Depuis 22 ans, les pilotes sont accueillis chaleureusement, tant par les jeunes, conscients de la relation étroite de leur petite ville avec l'histoire de l'aviation française, que par les anciens, comme Bachir, 88 ans, qui à 12 ans a effectué son baptême de l'air dans un Bréguet XIV aux côtés de Saint-Ex. « Pour les habitants de Tarfaya, sous-garnison marocaine en désert conquis, l'histoire de l'Aéropostale, c'est ce qui fait que leur village est unique au monde », avance Bernard Chabbert, journaliste passionné d'aviation et petit-fils de pilote de l'Aéropostale.

Parallèlement, d'autres efforts devraient être menés afin de favoriser le tourisme, avec notamment la création d'un second musée, sur la « Marche verte », une marche pacifique, dont Tarfaya fut le point de départ en 1975, et à laquelle participèrent 350.000 Marocains afin que l'Espagne renonce à son territoire saharien.

La construction récente d'une station de dessalement, co-financée par la Belgique, ainsi que le projet d'une traversée de Tarfaya par la grande route marocaine Nord-Sud -qui pour l'instant passe à 10 km-, sont également avancés par le wali comme des éléments positifs.

Le wali songe en outre à l'ouverture d'une liaison maritime vers les îles Canaries, situées à seulement 5 heures de bateau. Mais il compte surtout sur « l'attrait du désert, avec ses couleurs... »