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28 juin 2004
| Terre de totems | |||||
| Par Carolyne Parent (Go Média) | |||||
La Colombie-Britannique est jalonnée de mâts historiés, sortes de colonnes Trajane des peuples amérindiens, qui racontent la vie, la mort et le formidable talent de leurs artisans. À découvrir: des totems qui se lisent comme des poèmes!
Car il était une fois des peuples autochtones dont l'histoire, la culture et les exploits s'écrivaient à même le bois. Et ce, dès la fin du 18e siècle, le commerce avec les navigateurs européens ayant procuré aux Premières Nations les outils nécessaires pour sculpter "l'arbre de vie." De ces échanges florissants résultèrent des potlatchs (dons rituels) de plus en plus nombreux et fastueux. Et comme, tradition oblige, ces fêtes grandioses comprenaient obligatoirement l'érection d'un mât, c'est durant cette période que l'art totémique prit son essor, explique Pat Kramer dans Totem Poles (Altitude Publishing). Des totems-archives... C'est aussi durant cette période que cet art se codifia. Ainsi, le mât posté à proximité de la longhouse (maison traditionnelle) du chef d'un clan ou sculpté directement à même son fût de
Reconnaissable à sa plate-forme transversale, le totem mortuaire soutenait un coffre contenant les restes d'un personnage important. On raconte que tous les amis du défunt devaient le veiller et que, nuit après nuit, tous se retireraient un à un, de sorte que le dernier d'entre eux puisse communiquer avec l'esprit du disparu. Le totem commémoratif rappelait pour sa part les épopées reliées à une famille tandis que le totem narratif affirmait le droit de son propriétaire de raconter les histoires ou de chanter les chansons ancestrales associées à sa phratrie (groupe de clans). Des formes pleines de poésie Des formes opulentes et stylisées qui ornent les totems, on reconnaît surtout les animaux protecteurs des clans et dotés de qualités propres. Tels l'ours, qui symbolise l'esprit de sacrifice; le renard, le génie de la terre; la grenouille, la générosité; le corbeau, l'honneur; et Siskiutl, le serpent de mer, qui représente la puissance des guerriers. Mais le personnage le plus important de tous est sans contredit Thunderbird. Car avant d'être un modèle de bagnole, c'était d'abord un aigle mythique qui faisait rouler le tonnerre sous ses
Thunderbird est d'ailleurs au coeur de nombreuses légendes amérindiennes.
L'une d'elles raconte qu'il tira de la mer une baleine vorace, cause d'une
grande famine au sein d'un village de pêcheurs, et qu'il la transforma
en une montagne non loin de la ville de Duncan, sur l'île de Vancouver.
Pour le remercier, un chef promit de créer un emblème à
son image pour coiffer tous les mâts élevés en son
honneur. Cette promesse vaut toujours, car Thunderbird est, encore aujourd'hui,
l'une des figures les plus populaires... |