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28 mai 2004
| Île du Cap-Breton: le miracle acadien | |||
| Par Marion Proulx, Go média | |||
Homogène, la Nouvelle-Écosse?
Pas vraiment. Dans l’est de la province, de petites communautés
acadiennes ont réussi à préserver leur langue et
leurs traditions, malgré les vents impétueux de l’histoire.
La Nouvelle-Écosse, et en particulier l’île du Cap-Breton, sont devenues des destinations de choix. Ce n’est pas un hasard si le tourisme s’y est développé, la nature y est tout simplement grandiose et les visiteurs sont bien accueillis. Ce que l’on sait moins avant de s’y rendre, et qu’on découvre sur place, c’est la richesse du patrimoine culturel. Car les Acadiens et les Écossais qui se sont installés là il y a 300 ans ont laissé des traces toujours vivantes, tant dans l’architecture que dans le parler, tant en musique qu’en gastronomie. Sans compter la présence, bien plus ancienne, des Micmacs, envers qui les Acadiens éprouvent toujours une grande reconnaissance. Mais nous y reviendrons… L’appel du large Réputée comme étant l’une des plus belles routes panoramiques du monde, la Piste Cabot se passe de présentation.
Juste avant de pénétrer dans la partie la plus spectaculaire de la route, on traverse une série de villages acadiene: Belle Côte, Terre Noire, Cap Le Moine, Grand Étang et Chéticamp. Trois mille Acadiens y parlent encore français. Ils ne doivent la survie de leur culture qu’à l’isolement. Au départ, ils n’étaient qu’une douzaine de familles établies dans l’arrière-pays, à quelques kilomètres de la mer, de peur d’être repérés par des troupes anglaises et de se faire de nouveau déporter, comme en 1755. Aujourd’hui, ils habitent le long de la mer et partagent la beauté de leurs villages avec les visiteurs de passage. C’est d’ailleurs cette histoire, la leur, que raconte le Musée acadien de Chéticamp. Du reste, les Acadiens de ce village ont conservé un exceptionnel patrimoine de chansons traditionnelles d’origine française. Mais quand ils jouent du violon, c’est aussi la danse des cornemuses et des violons écossais que l’on entend à travers leurs reels. Et puis, il faut s’arrêter dans les restaurants du coin pour goûter les mets traditionnels, le chiard, les crêpes au râpage, le fricot et le pâté à la viande. Si vous passez la nuit à Chéticamp, arrêtez-vous à la Maison Laurence, le gîte de Sylvia Lelièvre. Celle-ci adore parler de son coin de pays, qu’elle ne quitterait pour rien au monde. «On aime la simplicité de la vie et on est proche de la nature, à huit kilomètres d’un magnifique parc national, dit-elle. Il faut conduire deux heures pour aller manger des mets chinois, mais on est bien dans notre peau. Il y a une grande solidarité entre nous, surtout à cause de notre isolement, l’hiver. On s’invite à souper, et puis juste pour aller magasiner à la co-op, on prend trois heures parce qu’on placote, on bagoule avec tout le monde.» Également auteure-compositeure, Sylvia Lelièvre a aussi traduit son attachement au terroir dans sa chanson Mon pays: «Je ne pourrais jamais quitter ce beau pays / Où l'amour et l'amitié est une façon de vie / Ici, Dieu, il en a fait son paradis / Les montagnes, la mer et la paix de l'esprit.» Louisbourg, machine à remonter le temps Après avoir parcouru et contourné la pointe nord de la Piste Cabot et de l’île du Cap-Breton, un arrêt s’impose à la forteresse de Louisbourg, l’un des sites historiques les plus importants de l’histoire du pays. Véritable machine à remonter le temps, on y a reconstruit le village et la forteresse sur les fondations de l’ancienne place forte française. À l’intérieur des remparts, on se sent littéralement comme en 1744: les rues sont animées par des lavandières, des boulangers, des soldats, des nobles et des musiciens en costumes d’époque qui vaquent tous à leurs occupations. On assiste même à des exercices militaires, avec mousquets et canons, et on peut visiter les magasins et les maisons reconstituées. Un must absolu! En reprenant maintenant la route vers le sud, à environ 80 kilomètres de Louisbourg, on gagne bientôt l’île Madame, accessible par un pont. Autre lieu chargé d’une histoire fascinante liée à l’Acadie, l’île Madame est toujours peuplée de descendants de Français et de Basques qui y vivent de la pêche depuis 300 ans. Leurs villages s’appellent Martinique, d’Escousse, Poulamon, Poirierville, Cap la Ronde, Petit de Grat, Cap Auget, Arichat et Port Royal. Les familles acadiennes de l’île Madame furent elles aussi victimes de déportation en 1755, puis à nouveau, quelques années plus tard, lors du passage des troupes américaines. Mais sur la terre ferme, les Micmacs les ont recueillis, cachés et protégés pendant trois années. Les cœurs et les corps se sont mélangés, les langues aussi, si bien que les Acadiens de l’île ont intégré plusieurs mots micmacs dans leur vocabulaire, surtout pour nommer le gibier et les poissons. Et, depuis ce temps, on a toujours très bien reçu les Amérindiens de passage dans l’île. Témoins en sont ces propos tenus par l’historien Gabriel Leblanc, de l’île Madame: «On a du sang amérindien en nous. Quand un Amérindien venait sur l’île cueillir des plantes médicinales, ma grand-mère, qui était sage-femme, lui donnait toujours le meilleur lit de la maison. Elle était consciente du rôle que les Amérindiens avaient joué dans notre survivance, et c’était important de les recevoir avec dignité.» On l’aura compris, l’île du Cap-Breton n’est pas qu’un simple sujet de carte postale. Et quiconque prendra la peine de s’y attarder ne pourra que se rendre à l’évidence: il y a là bien des choses à voir et à apprendre, tant sur notre passé que sur notre présent... |