27 août 2004

Flânerie à St-John’s
-par Go Media
Non, St. John's ne figure pas parmi les destinations touristiques les plus populaires au Canada.
Pourtant, la capitale de Terre-Neuve mérite qu'on s'y attarde. Elle réserve même de belles surprises à qui se donne la peine de l'arpenter. Même l'automne. Quand je m'y suis aventuré, un week-end de novembre, je m'attendais au pire, côté météo. Mais tandis que Montréal et Edmonton encaissaient leur première tempête de neige, St. John's coulait des jours moelleux. Jouissant d'un climat tempéré - cadeau de l'immense nappe d'eau atlantique -, la ville était nimbée d'un brouillard typique aux villes qui se prélassent en bordure d'océan.

Le temps était doux, assez doux en fait pour réchauffer le cœur et permettre aux Terre-Neuviens de cueillir ces petits fruits sauvages qui poussent encore allègrement à cette époque de l'année.

Nichée au fond d'une baie, à l'abri des tempêtes de l'Atlantique nord, St. John's n'a guère changé au fil des siècles. Même les maisons en bois de la vieille ville - peintes de couleurs vives pour masquer les jours de grisaille -, ont survécu aux embruns et aux affres du temps. Les citoyens de St. John's sont particulièrement fiers de ces habitations colorées - que l'on retrouve en grand nombre dans Bower Street -, magnifiques exemples de l'architecture vernaculaire et symboles de l'identité terre-neuvienne.

Bien qu'elle ne soit pas des plus modernes, St. John's dispose néanmoins de tous les services auxquels on peut s'attendre dans une capitale provinciale digne de ce nom. Autour de Water Street, qui serait la plus vieille artère commerciale d'Amérique du Nord, restaurants et cafés servent ainsi une cuisine locale mais aussi des plats plus exotiques. Au-delà des fish and chips classiques, on y trouve également des produits de la mer préparés de toutes les façons. Même que certains restos proposent le ceviche, un poisson " cuit " dans une marinade au citron, typiquement sud-américain.

Au fil des ruelles de la ville, on sent bien les influences irlandaises et britanniques. Dans George Street, par exemple, de nombreux pubs ouvrent leurs portes aux passants en quête d'une folle soirée. En ce vendredi soir, l'atmosphère est à son meilleur, la bière coule à flots et la musique emplit l'air salin. On aime les étrangers et on ne se gêne pas pour les aborder. " Tu viens d'où ? " " De Montréal " " Ah, j'ai deux cousins qui habitent là-bas ! " Dans cette province, où l'on vit beaucoup de la pêche, les familles sont habituées à voir l'un des leurs quitter l'île pour travailler dans une grande ville canadienne.

En foulant les ruelles sombres du port, il n'est pas rare d'entendre émaner des cafés le son du violon et du tympanon. Dans celui que j'ai choisi d'investir ce soir-là, la musique traditionnelle règne en maître. Des musiciens présentent leur instrument à un public conquis d'avance. Encore une fois, on vient à ma rencontre, on me fait la conversation et on m'explique le comment et le pourquoi de ces soirées improvisées et... bien arrosées.

Bip, bip, bip
Tôt le lendemain, j'entreprends de marcher du centre-ville vers Signal Hill, l'un des plus importants lieux historiques de Terre-Neuve. C'est du haut de cette colline que l'Italien Guglielmo Marconi reçut le premier message transatlantique transmis par ondes radio.

Je gagne d'abord le faubourg de Queen's Landing, à l'est de St. John's, où les maisons sont littéralement accrochées aux falaises de granit qui surplombent la baie. À mesure que je m'enfonce dans le quartier, les rues deviennent de plus en plus étroites jusqu'à n'être plus qu'un simple passage entre les habitations.

Puis j'emprunte le sentier piétonnier qui mène à la tour Cabot, une forteresse du XIXe siècle qui domine Signal Hill. Du haut de la tour, la vue est spectaculaire : on embrasse du regard St. John's, la baie et l'océan Atlantique. Autour, les champs sont couverts de ces mêmes petits fruits sauvages qui se rient de l'hiver, déjà aux portes de l'île.

À peine quelques centaines de mètres plus loin, le village de Quidi Vidi semble tout droit sorti d'un livre d'images. Lové entre des rochers géants, ce port de mer, où sont alignés des bateaux de pêche, est émaillé d'anciennes maisons. Difficile de croire que ce cadre des plus pittoresques ne se trouve qu'à un jet de pierre de la capitale provinciale...

Dans un rayon de 20 kilomètres, on peut déguster pleinement la vie rurale de Terre-Neuve et en humer tous les délicieux parfums. Dans le lieu historique national du Cap-Spear - la pointe la plus orientale d'Amérique du Nord -, les falaises dominent les eaux glaciales et tourmentées de l'Atlantique. Au sommet trônent deux phares - dont le plus ancien de la province datant de 1839 - qui signalent aux navires la présence de récifs dangereux.

Du haut du cap, je contemple la côte où des dizaines de navires ont coulé, non pas sans ressentir un brin de mélancolie. Car plus loin, bien plus loin, au bout là-bas, il y a l'Irlande...