Petit bout de terre en
forme de sourire déposé dans l'océan Atlantique,
l'Île-du-Prince-Édouard marie avec bonheur traditions séculaires
et plaisirs modernes.
J'ai déjà entendu un professeur, fort sage au demeurant,
définir ainsi la civilisation : un endroit où on n'aurait
jamais à verrouiller une porte.
Et c'est justement la raison pour laquelle il avait choisi de s'installer
dans l'Île-du-Prince-Édouard. Un endroit où l'on vit
sans verrous est synonyme de sécurité, de tranquillité.
Et la tranquillité est omniprésente dans l'île : les
grands hérons, immobiles comme des statues dans les marais ; les
vaches, quasi pétrifiées dans les champs ; les rivières,
dont le cours semble figé dans leur lit. Ce n'est pas là
terre de blé sifflant, de trains de marchandises bruyants, de démesure.
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| Brackley Beach, Prince Edward Island National
Park(Go média) |
Car non seulement l'Île-du-Prince-Édouard est-elle paisible,
elle est également hors norme, dans le registre de l'immensité
canadienne. Ici, les forêts sont bosquets, les collines, bourgeons.
Elle a été créée pour être admirée
dans toute sa splendeur d'une hauteur de 48 pouces. Ce qui en fait un
paradis touristique pour enfants.
Pas étonnant qu'elle ait pour icône une petite fille. C'est
un endroit si minuscule, selon les standards canadiens, qu'on peut imaginer
Anne Shirley sortir de sa maison de Green Gables et arpenter l'île
dans toute sa longueur - 274 kilomètres sur ce qui est aujourd'hui
une section de la piste transcanadienne - et y arriver sans trop de mal.
Mais il existe bien sûr d'autres moyens de découvrir l'île.
J'ai mis 12 minutes précises à traverser en voiture le pont
de la Confédération depuis le Nouveau-Brunswick. Il y a
un siècle, les pêcheurs, trempés et gelés,
ramaient 12 heures durant le long du même détroit pour ramener
leurs prises au rivage.
C'est ce que j'ai appris à Gateway Village, un lieu accueillant
installé de l'autre côté du pont où un parc,
des expositions historiques et des boutiques attendent le voyageur. Dès
mon arrivée, j'ai appris tout ce qu'il faut savoir au sujet de
la pêche au homard grâce à une vidéo géante
projetée dans une simili coquille de crustacé.
À la fois traditionnelle et moderne
L'île est ainsi : flux et reflux, passé et présent,
coutumes séculaires et styles branchés. Ici, ni le premier
ministre ni le chef de l'opposition n'oseraient rater la journée
familiale qui marque le coup d'envoi de la saison de la course attelée.
Ici, on aime accueillir les CVA - ceux qui viennent d'ailleurs. Ici, un
spectacle -Anne of Green Gables - est présenté chaque été
depuis 38 ans. Ici, le sol est rouge. Ici, les huîtres de Malpeque,
les fraises, les patates nouvelles et les homards sont exquis à
se damner.
Si l'île peut être qualifiée de traditionnelle, cela
ne veut pas pour autant dire qu'elle est immuable. Une fabrique de confitures
mêle fraises et Grand Marnier, par exemple. Tamara Hickey, une vedette
de la télé connue dans tout le pays et native de l'île,
anime une émission historique multimédia. Et au Spot O'Tea,
dans le village du bord de mer Stanley Bridge, les propriétaires
- Don Harron et Catherine MacKinnon, stars bien connues des téléspectateurs
canadiens-anglais - présentent un programme de chansons et de comédie.
L'Île-du-Prince-Édouard est petite, mais elle aurait pu
être encore plus petite ! La rivière Hillsborough et la baie
Malpeque la divisent presque en trois. Ces cours d'eau, ainsi que de nombreuses
autres rivières peu profondes, permettent des sorties en kayak et
en canot parmi les plus colorées (des champs verts, de la terre rousse,
un littoral doré) et les plus sécuritaires du monde.
Seules les deux routes d'accès dans l'île sont achalandées
(et encore !). L'une à l'est, au point d'arrivée du traversier
Wood Islands; l'autre à l'ouest, au point de chute du pont de la
Confédération. Toutes deux mènent à Charlottetown.
Pour explorer le reste de l'île, omieux vaut louer un vélo
; on trouve quelque 20 boutiques de location dans la province.
Quel que soit le moyen de transport choisi, offrez-vous un souper de homard
dans un sous-sol d'église. Celui de St. Ann's est idéal
pour les campeurs installés dans le parc national de l'Île-du-Prince-Édouard.
Depuis 30 ans, on y sert des repas composés de généreuses
portions de homard, de maïs et de tarte. Ou arrêtez-vous sur
un quai truffé de cageots, comme celui de Cardigan.
Et puis dormir. De préférence dans une auberge. Ou encore,
pour une expérience unique, au West Point Lighthouse, le premier
phare canadien à avoir offert l'hébergement. Et nous devons
ce bonheur à " Mme Lighthouse " elle-même - arrière-petite-fille
de son premier gardien, également connue sous le nom de Mme Carol
Livingstone - qui créa une coop avec un groupe de villageoises.
Aujourd'hui, elles supervisent neuf chambres, un restaurant, une boutique
d'artisanat et un musée. La salle à manger est tapissée
de photos de phares qui nous font voyager du cap Bonavista à Key
West. On peut également consulter sur place des documents sur les
75 phares de l'île. Sans compter les douceurs du temps présent
comme la baignoire à remous, le champagne et un vélo tandem
pour les amoureux.
L'Île-du-Prince-Édouard c'est tout cela et... Charlottetown
! Une petite capitale de 32 000 personnes. Les Torontois qualifieraient
son édifice le plus élevé de maison de poupée.
Mais ce qu'elle n'a pas en population et en hauteur, elle le compense
largement en histoire et en tout ce qui touche au monde d'Anne.
Charlottetown, Prince Edward Island
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Charlottetown, Prince Edward Island
(Go média) |
De la boutique Anne of Green Gables à la salle à manger Lucy
Maud en passant par plusieurs autres endroits à l'effigie des personnages
du célèbre roman, on trouve tout ce qu'il faut dans la capitale
pour plaire aux jeunes pèlerins - en grande majorité féminins
- venus du Japon, pays où la rousse héroïne et son univers
sont des exemples de valeurs familiales et sujets scolaires. Autre endroit
où les amateurs d'Anne trouveront leur compte : la région
de Cavendish, sur la rive nord, où l'auteure a puisé son inspiration
et où on peut admirer la célèbre ferme " aux pignons
verts ".
Rayon histoire, Charlottetown garde la cote. D'abord, il y a Province
House, où l'idée d'une nation unie fut élaborée
pour la première fois. Puis le centre-ville, où des étudiants
en chapeaux hauts de forme et en redingotes jouent des saynètes
dans les rues. Et le Founders Hall, où Tamara Hickey, vedette du
petit écran anglo-canadien, tient le rôle, par l'intermédiaire
du multimédia, d'une chroniqueuse de l'année 1864.
À l'ordre du jour : Sir John A. et les autres " pères
" sont assemblés pour créer une nation. Mais c'est
plutôt le cirque Slaymakers et Nichols Olympic Circus, en ville
pour la première fois en six ans, qui retient toute l'attention.
Jusqu'à ce que Sir John offre du vin tiré de sa réserve
personnelle pour accompagner les huîtres. Charlottetown donne alors
une grande fête. Plusieurs, en fait. Après cette gestation,
si on peut dire, le Canada était né.
Ici, l'histoire se laisse goûter avec plaisir. Pas de longs exposés,
pas de souffrance. Parfaitement de mise pour une île tout sourires.
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