En général,
les vacanciers qui choisissent le sud de l'Ontario ne s'arrêtent
pas à Hamilton, pressés qu'ils sont d'arriver à Toronto
ou à Niagara Falls. Pourtant, celle qu'on surnomme «Steeltown»
et qui s'enorgueillit d'une riche tradition industrielle, vaut largement
le détour.
Plusieurs s'imaginent que Hamilton n'est qu'un simple carrefour d'aciéries.
Ce qu'ils ignorent, c'est que cette cité d'un demi-million d'habitants
est une véritable mosaïque de bâtiments historiques,
de merveilles naturelles et d'attraits culturels.
Mais voilà qu'on se fie souvent à la première impression
qui peut, en effet, être décevante.
Après tout, les voyageurs qui empruntent le Skyway Bridge enjambant
Hamilton - plus souvent qu'autrement en direction de Niagara Falls ou
de Toronto, toutes deux à 45 minutes de voiture - ne voient pour
seul paysage qu'une enfilade d'usines et d'imposants navires de charge.
Les grandes industries de calibre international telles que Dofasco, Stelco
et National Steelcar ont fait rouler l'économie de Hamilton pendant
des décennies. Ces trois géants de l'acier figurent parmi
les huit plus grandes entreprises de la ville et emploient au total quelque
18 000 travailleurs, ce qui vaut à Hamilton le statut de capitale
canadienne de l'industrie de l'acier en Amérique du Nord.
«Les gens qui traversent le Skyway ont sans doute la preuve de notre
vitalité industrielle, dont nous sommes par ailleurs très
fiers, déclare David Adames, directeur de Tourism Hamilton. Hamilton
est née de cette industrie ; nos racines sont là. Mais nous
ne sommes pas qu'acier !»
Nombre de générations de travailleurs se sont succédé
ici ; plusieurs musées et circuits pédestres sont d'ailleurs
dédiés à la classe ouvrière. Mais à
l'ouest des cheminées d'usine se trouve également le campus
de l'université McMaster, alma mater de chercheurs réputés
dont le Dr Sandra Witelson qui a fait la une de la presse internationale
en étudiant le cerveau conservé de nul autre qu'Albert Einstein.
L'institution, réputée pour son école de médecine,
a également été la première au monde (en décembre
2002) à démontrer que la pollution atmosphérique
des villes entraîne chez les animaux des lésions génétiques
qui se transmettent d'une génération à l'autre. Le
Firestone Institute of Respiratory Health de Hamilton est également
un centre de pointe pour la recherche sur l'asthme, le deuxième
en importance après les instituts nationaux américains de
la santé.
Au bord de l'eau se dresse le port revampé de Hamilton avec ses
parcs Bayfront et Pier 4. Ces deux espaces verts ont été
aménagés sur d'anciennes décharges industrielles
après que la ville se fut engagée à ramener la population
vers les berges du lac. La plus récente phase de revitalisation
a été inaugurée en mai après des travaux de
rénovation de 2,8 millions de dollars : la Beach Strip abrite un
sentier asphalté s'étirant sur environ quatre kilomètres
le long de la plage, à partir d'un pont levant jusqu'à Confederation
Park, où se trouve la plus grande piscine à vagues extérieure
du Canada.
La ville peut également se targuer d'avoir l'escarpement du Niagara
comme terrain de jeu, véritable éden de plein air avec d'innombrables
sentiers de randonnée ainsi que plusieurs chutes. De fait, Hamilton
compte 4 000 hectares et pas moins de 36 chutes. «On nous surnomme
La ville des chutes», affirme fièrement le maire de Hamilton,
Bob Wade, quoiqu'il admette plus timidement ne pas les avoir encore toutes
vues.
Jadis royaume industriel, la ville se diversifie graduellement et attire
aujourd'hui des travailleurs de différentes disciplines, en particulier
des chercheurs scientifiques dans le domaine de la santé et de
l'environnement. Mais le centre névralgique de la capitale de l'acier
demeure inchangé, comme en témoigne le Workers Art and Heritage
Centre.
Ce centre des plus éclectiques, à la fois musée et
galerie d'art, a été créé en 1996 à
des fins de recherche et de diffusion du patrimoine des travailleurs ontariens
et de leurs syndicats. Sa plus récente exposition, une ambitieuse
installation multimédia consacrée à l'histoire des
travailleurs afro-canadiens de l'Ontario de 1900 à nos jours, fait
appel à des wagons de train reconstitués pour mettre en
scène les revendications pacifiques menées par les Canadiens
de race noire pour le droit à l'équité salariale.
L'exposition se termine à la fin de l'année.
Un des premiers projets du Centre a été de créer
trois fascinants circuits pédestres, avec dépliants et audioguides,
qui permettent d'explorer Hamilton du point de vue d'un simple ouvrier.
Dans la partie est, le parcours porte particulièrement sur les
grèves qui ont eu lieu à Hamilton en 1946 et qui ont changé
à jamais le contexte de travail à l'échelle nationale.
Environ 2 000 piqueteurs s'étaient alors relayés devant
la Stelco pendant 11 longues semaines, tandis que 13 000 employés
patrouillaient les piquets de grève ailleurs dans la ville. La
fin de la grève marquait le début d'une ère nouvelle
dans le secteur des relations de travail : le droit des travailleurs à
être représentés par un syndicat.
Le parcours nord illustre les difficultés liées à
la Crise au cours des années 30 tandis qu'un troisième parcours,
au centre-ville, évoque la naissance de l'ère industrielle
à la fin du XIXe siècle.
Renée Johnston, directrice générale du centre, explique
qu'une bonne partie de l'intérêt de cette initiative réside
dans les entrevues audio avec des gens qui ont été des acteurs
de ces événements et qui sont aujourd'hui décédés.
«Il s'agit d'un véritable pan d'histoire qui serait disparu
en même temps que ces gens, n'eut été le projet, fait-elle
remarquer. Notre intention était de rendre hommage aux travailleurs
et travailleuses ordinaires.»
Les passionnés d'architecture apprécieront les parcours
axés sur l'industrie des XIXe et XXe siècles. Suivant des
itinéraires d'autobus et des trajets pédestres clairement
identifiés, ces circuits autoguidés décrivent en
détail l'histoire de bâtiments patrimoniaux tels que Whitehern.
Ce domaine ancestral, un des sites d'intérêt du parcours
portant sur le XIXe siècle, est l'ancienne propriété
familiale de Thomas Baker McQuesten, homme de culture et architecte visionnaire
à qui on doit la fondation de l'université McMaster à
Hamilton, la création des magnifiques Royal Botanical Gardens et
la construction de la route Queen Elizabeth Way. Son aïeul, Calvin
McQuesten, avait été l'un des premiers ouvriers de la fonderie
de la ville.
Une des étapes les plus populaires le long de la promenade consacrée
au XXe siècle est la Dofasco, née en 1912 sous le nom de
Dominion Steel Castings Company. Son fondateur, Clifton Sherman, et sa
famille ont entretenu l'image d'«entreprise familiale» de
la compagnie en instaurant le partage des bénéfices et en
organisant d'extravagantes réceptions de Noël.
Le Hamilton Museum of Steam and Technology propose une exposition permanente
sur les industries des siècles derniers et l'empreinte qu'elles
ont laissée sur la ville. Le musée lui-même est un
excellent exemple d'architecture de bâtiment utilitaire du XIXe
siècle puisqu'il s'agit de la première station d'aqueduc
de Hamilton. On y a conservé deux des machines à vapeur
originales, hautes de 13 mètres et pesant 63 tonnes, ayant servi
pour la première fois au pompage d'eau propre il y a plus de 140
ans.
Juste à côté de l'aéroport international animé
de Hamilton, se trouve le Canadian Warplane Heritage Museum, où
l'on peut prendre place dans le poste de pilotage d'un chasseur à
réaction ou mettre à l'épreuve ses talents de pilote
au moyen de simulateurs de vol. Le musée compte plus de 25 aéronefs
dont des avions utilisés au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Même si Hamilton n'accueille qu'un huitième environ des quelque
16 millions de touristes qui visitent Toronto et Niagara Falls dans une
année, la ville se taille tranquillement une excellente réputation
: hôtels abordables, vols à prix modique et accueil des plus
hospitaliers.
Plusieurs sont déjà convaincus que Hamilton mérite
à elle seule le voyage mais à ceux qui hésiteraient
encore, nous recommandons de commencer par y faire un simple crochet.
Parions que vous ne tarderez pas à y retourner.
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