12 avril 2004

Hamilton au delà de l’acier
Par Carmelina Prete - Go Media

En général, les vacanciers qui choisissent le sud de l'Ontario ne s'arrêtent pas à Hamilton, pressés qu'ils sont d'arriver à Toronto ou à Niagara Falls. Pourtant, celle qu'on surnomme «Steeltown» et qui s'enorgueillit d'une riche tradition industrielle, vaut largement le détour.


Plusieurs s'imaginent que Hamilton n'est qu'un simple carrefour d'aciéries. Ce qu'ils ignorent, c'est que cette cité d'un demi-million d'habitants est une véritable mosaïque de bâtiments historiques, de merveilles naturelles et d'attraits culturels.

Mais voilà qu'on se fie souvent à la première impression qui peut, en effet, être décevante.

Après tout, les voyageurs qui empruntent le Skyway Bridge enjambant Hamilton - plus souvent qu'autrement en direction de Niagara Falls ou de Toronto, toutes deux à 45 minutes de voiture - ne voient pour seul paysage qu'une enfilade d'usines et d'imposants navires de charge.

Les grandes industries de calibre international telles que Dofasco, Stelco et National Steelcar ont fait rouler l'économie de Hamilton pendant des décennies. Ces trois géants de l'acier figurent parmi les huit plus grandes entreprises de la ville et emploient au total quelque 18 000 travailleurs, ce qui vaut à Hamilton le statut de capitale canadienne de l'industrie de l'acier en Amérique du Nord.

«Les gens qui traversent le Skyway ont sans doute la preuve de notre vitalité industrielle, dont nous sommes par ailleurs très fiers, déclare David Adames, directeur de Tourism Hamilton. Hamilton est née de cette industrie ; nos racines sont là. Mais nous ne sommes pas qu'acier !»

Nombre de générations de travailleurs se sont succédé ici ; plusieurs musées et circuits pédestres sont d'ailleurs dédiés à la classe ouvrière. Mais à l'ouest des cheminées d'usine se trouve également le campus de l'université McMaster, alma mater de chercheurs réputés dont le Dr Sandra Witelson qui a fait la une de la presse internationale en étudiant le cerveau conservé de nul autre qu'Albert Einstein.

L'institution, réputée pour son école de médecine, a également été la première au monde (en décembre 2002) à démontrer que la pollution atmosphérique des villes entraîne chez les animaux des lésions génétiques qui se transmettent d'une génération à l'autre. Le Firestone Institute of Respiratory Health de Hamilton est également un centre de pointe pour la recherche sur l'asthme, le deuxième en importance après les instituts nationaux américains de la santé.

Au bord de l'eau se dresse le port revampé de Hamilton avec ses parcs Bayfront et Pier 4. Ces deux espaces verts ont été aménagés sur d'anciennes décharges industrielles après que la ville se fut engagée à ramener la population vers les berges du lac. La plus récente phase de revitalisation a été inaugurée en mai après des travaux de rénovation de 2,8 millions de dollars : la Beach Strip abrite un sentier asphalté s'étirant sur environ quatre kilomètres le long de la plage, à partir d'un pont levant jusqu'à Confederation Park, où se trouve la plus grande piscine à vagues extérieure du Canada.

La ville peut également se targuer d'avoir l'escarpement du Niagara comme terrain de jeu, véritable éden de plein air avec d'innombrables sentiers de randonnée ainsi que plusieurs chutes. De fait, Hamilton compte 4 000 hectares et pas moins de 36 chutes. «On nous surnomme La ville des chutes», affirme fièrement le maire de Hamilton, Bob Wade, quoiqu'il admette plus timidement ne pas les avoir encore toutes vues.

Jadis royaume industriel, la ville se diversifie graduellement et attire aujourd'hui des travailleurs de différentes disciplines, en particulier des chercheurs scientifiques dans le domaine de la santé et de l'environnement. Mais le centre névralgique de la capitale de l'acier demeure inchangé, comme en témoigne le Workers Art and Heritage Centre.

Ce centre des plus éclectiques, à la fois musée et galerie d'art, a été créé en 1996 à des fins de recherche et de diffusion du patrimoine des travailleurs ontariens et de leurs syndicats. Sa plus récente exposition, une ambitieuse installation multimédia consacrée à l'histoire des travailleurs afro-canadiens de l'Ontario de 1900 à nos jours, fait appel à des wagons de train reconstitués pour mettre en scène les revendications pacifiques menées par les Canadiens de race noire pour le droit à l'équité salariale. L'exposition se termine à la fin de l'année.

Un des premiers projets du Centre a été de créer trois fascinants circuits pédestres, avec dépliants et audioguides, qui permettent d'explorer Hamilton du point de vue d'un simple ouvrier. Dans la partie est, le parcours porte particulièrement sur les grèves qui ont eu lieu à Hamilton en 1946 et qui ont changé à jamais le contexte de travail à l'échelle nationale. Environ 2 000 piqueteurs s'étaient alors relayés devant la Stelco pendant 11 longues semaines, tandis que 13 000 employés patrouillaient les piquets de grève ailleurs dans la ville. La fin de la grève marquait le début d'une ère nouvelle dans le secteur des relations de travail : le droit des travailleurs à être représentés par un syndicat.

Le parcours nord illustre les difficultés liées à la Crise au cours des années 30 tandis qu'un troisième parcours, au centre-ville, évoque la naissance de l'ère industrielle à la fin du XIXe siècle.
Renée Johnston, directrice générale du centre, explique qu'une bonne partie de l'intérêt de cette initiative réside dans les entrevues audio avec des gens qui ont été des acteurs de ces événements et qui sont aujourd'hui décédés. «Il s'agit d'un véritable pan d'histoire qui serait disparu en même temps que ces gens, n'eut été le projet, fait-elle remarquer. Notre intention était de rendre hommage aux travailleurs et travailleuses ordinaires.»

Les passionnés d'architecture apprécieront les parcours axés sur l'industrie des XIXe et XXe siècles. Suivant des itinéraires d'autobus et des trajets pédestres clairement identifiés, ces circuits autoguidés décrivent en détail l'histoire de bâtiments patrimoniaux tels que Whitehern. Ce domaine ancestral, un des sites d'intérêt du parcours portant sur le XIXe siècle, est l'ancienne propriété familiale de Thomas Baker McQuesten, homme de culture et architecte visionnaire à qui on doit la fondation de l'université McMaster à Hamilton, la création des magnifiques Royal Botanical Gardens et la construction de la route Queen Elizabeth Way. Son aïeul, Calvin McQuesten, avait été l'un des premiers ouvriers de la fonderie de la ville.

Une des étapes les plus populaires le long de la promenade consacrée au XXe siècle est la Dofasco, née en 1912 sous le nom de Dominion Steel Castings Company. Son fondateur, Clifton Sherman, et sa famille ont entretenu l'image d'«entreprise familiale» de la compagnie en instaurant le partage des bénéfices et en organisant d'extravagantes réceptions de Noël.

Le Hamilton Museum of Steam and Technology propose une exposition permanente sur les industries des siècles derniers et l'empreinte qu'elles ont laissée sur la ville. Le musée lui-même est un excellent exemple d'architecture de bâtiment utilitaire du XIXe siècle puisqu'il s'agit de la première station d'aqueduc de Hamilton. On y a conservé deux des machines à vapeur originales, hautes de 13 mètres et pesant 63 tonnes, ayant servi pour la première fois au pompage d'eau propre il y a plus de 140 ans.

Juste à côté de l'aéroport international animé de Hamilton, se trouve le Canadian Warplane Heritage Museum, où l'on peut prendre place dans le poste de pilotage d'un chasseur à réaction ou mettre à l'épreuve ses talents de pilote au moyen de simulateurs de vol. Le musée compte plus de 25 aéronefs dont des avions utilisés au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Même si Hamilton n'accueille qu'un huitième environ des quelque 16 millions de touristes qui visitent Toronto et Niagara Falls dans une année, la ville se taille tranquillement une excellente réputation : hôtels abordables, vols à prix modique et accueil des plus hospitaliers.
Plusieurs sont déjà convaincus que Hamilton mérite à elle seule le voyage mais à ceux qui hésiteraient encore, nous recommandons de commencer par y faire un simple crochet. Parions que vous ne tarderez pas à y retourner.